Mon coeur se recommande à vous

Poème de Clément Marot (1496-1544)
Musique de Roland de Lassus ((1532-1594)

 Mon coeur se recommande à vous,

Tout plein d'ennui et de martyre;

Au moins en dépit des jaloux,

Faites qu'adieu vous puisse dire.

 

Ma bouche qui savait sourire

Et conter propos gracieux

Ne fait maintenant que maudire

Ceux qui m'ont banni de vos yeux.

 

 

 

 

 

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Clément Marot

Clément Marot, né à Cahors pendant l’hiver 1496 et mort en 1544 à Turin, est un poète français.

Bien qu'encore marqué par l'héritage médiéval, Clément Marot est l'un des premiers grands poètes français modernes. Précurseur de la Pléiade, il est le poète officiel de la cour de François Ier. Malgré la protection de Marguerite de Navarre, sœur du roi de France François Ier, ses sympathies marquées pour la Réforme et pour Luther lui ont cependant valu la prison puis l'exil en Suisse et en Italie.

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Clément Marot

Enfance et formation
Clément Marot est né à Cahors, d’une mère gasconne et d’un père originaire de Caen, Jean des Marets dit Marot. Ce Jean des Marets était marchand, mais, à la fin de l’année 1505 il fut révoqué par sa corporation. Il quitta alors la région du Quercy et se mit à écrire des vers. Comme ces vers plurent à Michelle de Saubonne, femme du seigneur de Soubise, il fut présenté à la reine Anne de Bretagne. Il fut bien reçu et devint un des poètes favoris de Louis XII, qu’il accompagna en Italie.
Il plaça son fils Clément, qui avait été écolier à Paris, comme page chez Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, dans la maison duquel le jeune homme demeura peu. Très vite le jeune Clément Marot composa lui aussi des vers.

Margherita d angouleme

Marguerite d'Angoulème

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  Diane de Poitiers

 

Marguerite de Navarre


Dès 1513, il passa en qualité d'homme de chambre au service de Marguerite d'Angoulème, duchesse d’Alençon, sœur de François Ier. Ce monarque, sachant combien elle aimait la poésie, lui fit présenter Marot par le seigneur de Pothon.

S’il faut en croire l'un des éditeurs de ses œuvres, Nicolas Lenglet-Dufresnoy, le poète osa aspirer aux faveurs de Diane de Poitiers et même de Marguerite de Valois, liaison que plusieurs écrivains, entre autres Laharpe, ne mettent pas en doute. Mais rien n’est moins prouvé ; et l’abbé Claude-Pierre Goujet assure que ces amours sont de pure invention. Marot, en effet, eut les plus grandes difficultés à se faire inscrire sur l’état de la maison de la princesse, au point qu’il s’en plaint dans sa huitième ballade.    

François Ier
Quoi qu’il en soit de cette liaison, le poète suivit François Ier à Reims et à Ardres en 1520, et le duc d'Alençon au camp d’Attigny, où ce prince, en 1521, était à la tête de l’armée française.
Il traduit Virgile et Lucien. Dès 1515, il offre au nouveau roi, François Ier, un recueil intitulé, Le Temple de Cupido, fait par Maistre Clément Marot, facteur de la Royne. En 1517 ou 1518, il adresse au Roi une Petite Epistre.En 1521, il se trouva à l’armée du Hainaut que François Ier commandait en personne ; et on le voit en 1525 à la bataille de Pavie, où il fut blessé au bras et fait prisonnier. 

 

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François 1er  (par Jean Clouet)

 La prison

De plus grandes infortunes l’attendaient en France ; il y était revenu, comptant peut-être un peu trop sur la protection de la cour, où son talent, la politesse de ses manières et l’enjouement de sa conversation l’avaient mis en crédit. Marot, libertin d’esprit et de cœur, peu réservé dans ses propos et frondant ouvertement les observances ecclésiastiques, donnait prise à ses ennemis. On l’accusa d’être imbu des nouvelles opinions ; il a des sympathies marquées pour la Réforme et pour Luther. Il est arrêté, accusé d’hérésie et conduit dans les prisons du Châtelet où il fut enfermé en 1525. Il proteste, dans son Épître à l’inquisiteur Bouchard, qu’il n’était ni luthérien, ni zuinglien, ni anabaptiste.
 Vainement protesta-t-il de la pureté de sa foi, et réclama-t-il l’intérêt de ses maîtres et de ses protecteurs. La seule grâce qu’il obtint fut d’être transféré en 1526 des prisons du Châtelet dans celles de Chartres, moins obscures et plus saines que celles de Paris ; les visites des personnes les plus considérables de la ville adoucirent un peu les ennuis de sa captivité. Ce fut là qu’il composa son poème, l’Enfer, description satirique du Châtelet, et invective contre les abus des gens de justice.
Il y retoucha aussi le Roman de la Rose, en substituant des phrases connues à celles qui avaient vieilli. Il peut sortir de prison, grâce à son ami Lyon Jamet, et à l’évêque de Chartres, Louis Guillard. Pour remercier son ami, il écrit Epistre à son amy Lion.

Épître au roi

Sa détention ne l’avait pas corrigé. En 1526-1527, il s’éprend d’une jeune fille et écrit Dalliance de Grande Amye. En 1527, s’étant avisé d’arracher des mains des archers un homme que l’on menait en prison, il y fut mis lui-même ; et il implora la protection de François Ier par une jolie épître Epistre de Marot envoyée au Roy, qui fut si bien reçue, que ce prince écrivit de sa propre main à la cour des aides pour faire accorder la liberté au prisonnier.
En 1531, à l'occasion de la mort de Louise de Savoie, mère du roi, il la dépeint comme une sainte qui a réformé la cour de France et lui a enfin donné de bonnes mœurs, à tel point que son trépas laisse le pays et la nature sans vie, les nymphes et les dieux accourent et gémissent. Il la dépeint comme évangélique dans sa conception de la vie sociale avec une vision pastorale et traditionnelle de la manière dont on doit se conduire.
En 1532, il publie Epistre au Roy, par Marot estant malade à Paris. Le Roi est sensible à tant d’esprit et accorde à Marot qui est officiellement son valet de chambre depuis 1528, cent écus d’or au soleil en faveur et considération de ses bons et agréables services. À peine le poète commençait-il à respirer, que ses sentiments sur la religion élevèrent contre lui une nouvelle tempête. La justice saisit ses papiers et ses livres.

L’Italie

En 1533, il publie la traduction du Pseaume VI, qu’il compose après avoir échappé à la terrible maladie qui le terrasse presque. À la suite de l’affaire des placards en 1534, catholiques et protestants s’affrontent violemment. François Ier, après avoir beaucoup tergiversé, se décide pour la répression. Clément Marot préfère s’éloigner de la cour. Il se sauve dans le Béarn en l’an 1535, et ensuite à la cour de la duchesse de Ferrare, madame Renée de France, en Piémont. Il y retrouve les dames de Soubise. Mais s’apercevant qu’il était vu de mauvais œil par le duc, il se retira en 1536 à Venise.

Le retour en France

Ce fut de là qu’il obtint son rappel en France, puis à la cour, par le moyen d’une abjuration solennelle qu’il fit à Lyon entre les mains du cardinal de Tournon. Il obtient le pardon du Roi. Pour remercier le Roi, il écrit Epistre au Roy, du temps de son exil à Ferrare.
À ces orages succéda un intervalle de paix . La publication de ses premiers Psaumes troubla cette tranquillité. En 1541, il publie Trente Pseaulmes de David, mis en françoys par Clément Marot, puis les Cinquante Pseaumes. Cette traduction qu’il entreprit à la sollicitation du célèbre Vatable, eut la plus grande vogue à la cour. François Ier chantait ces Psaumes avec plaisir. Chacun des seigneurs et dames de la cour en affectionnait un qu’il accommodait de son mieux aux vaudevilles, souvent burlesques, qui étaient alors à la mode.

La Suisse et les États de Savoie

En 1542, François Ier fait rechercher les luthériens, et bien que son nom ne soit pas prononcé, il part de nouveau en exil et gagne Genève. Victor Palma Cayet prétend qu’il y débaucha la femme de son hôte, et qu’à la recommandation de Calvin, la peine capitale qu’il avait encourue fut commuée en celle du fouet.
En 1543, il s’installe à Chambéry, capitale des États de Savoie où il est tranquille et ne court aucun risque d'être inquiété pour ses opinions réformistes. Début 1544, il passe quelque temps au château de Longefan (à la Biolle, près d'Aix-les-Bains), puis est reçu au château de François de Bellegarde, grand amateur de poésie, pour lequel il compose une épître.

Voulant rejoindre l'armée française au Piémont, il gagne Turin où il décède dans l’indigence en 1544, toujours occupé de nouveaux vers et de nouvelles amours, et laissant pour fils unique Michel Marot. Jodelle lui fit cette épitaphe dans le goût de son siècle :

Querci, la Cour, le Piémont, l’Univers,
Me fit, me tint, m’enterra, me connut ;
Querci, mon los, la cour tout mon temps eut,
Piémont mes os, et l’univers mes vers.

Le personnage

Marot avait l’esprit enjoué et plein de saillies sous l’extérieur grave d’un philosophe. Il joignait, ce qui arrive souvent, une tête vive à un bon cœur. Doué d’un noble caractère, il paraît avoir été exempt de cette basse jalousie qui a terni la gloire de plus d’un écrivain célèbre. Il n’eut de querelle qu’avec François de Sagon et Charles de la Hueterie, qui l’attaquèrent pendant qu’il était à Ferrare. Le premier fut assez impudent pour solliciter la place de Marot, mais non assez favorisé pour l’obtenir. Le deuxième se dédommagea du déplaisir de voir cesser la disgrâce du poète par un calembour qui donne la mesure de son esprit : Marot en avait beaucoup mis dans une épître à Lyon Jamet, où il racontait les peines de son exil et où il se comparait au rat libérateur du lion. La Huéterie s’empara de l’application que Marot se faisait de cet apologue, et crut très plaisant de l’appeler le Rat pelé (le rappelé). Marot ne lui répondit que sous le nom de son valet pour mieux lui témoigner son mépris.

 

 

150px la harpe

La poésie
Le nom de Marot, dit Laharpe, est la première époque vraiment remarquable dans l’histoire de notre poésie, bien plus par le talent qui lui est particulier, que par les progrès qu’il fit faire à notre versification. Ce talent est infiniment supérieur à tout ce qui l’a précédé, et même à tout ce qui l’a suivi jusqu’à Malherbe. La nature lui avait donné ce qu’on n’acquiert point : elle l’avait doué de grâce. Son chef-d’œuvre en ce genre est l’épître où il raconte à François Ier comment il a été volé par son valet ; c’est un modèle de narration, de finesse et de bonne plaisanterie. Cette estime pour les poésies de Marot a triomphé du temps et des vicissitudes du langage.
Boileau a dit dans les beaux jours du siècle de Louis XIV : Imitez de Marot l’élégant badinage. La Fontaine a prouvé qu’il était plein de sa lecture. II n’y a guère, dit la Bruyère, entre Marot et nous que la différence de quelques mots.
Mais, dit encore Laharpe, il fallait que la tournure naïve de ce poëte fût bien séduisante, puisqu’on empruntait son langage depuis longtemps vieilli pour tâcher de lui ressembler.

Son œuvre
   Poète varié, plus grave qu’on ne l’imagine, mais incapable de s’accommoder de l’austérité d’un Calvin, Clément Marot participe encore de la tradition médiévale. L’œuvre de Marot est très abondante et « l’élégant badinage » auquel Boileau l’associe dans son Art Poétique n’est qu’un aspect. On remarque, en lisant ses Œuvres, comme le poète a évolué de la discipline des Rhétoriqueurs, vers un art très personnel qui le rapproche de l’humanisme. Dans les pays francophones, il est surtout connu pour l'élaboration de nombreux psaumes protestants qui seront chantés dans le monde entier.

  • L’Adolescence clémentine (1532-1538) comprend les poèmes de jeunesse.
  • La première Églogue des Bucoliques de Virgile (traduction)
  • Le Temple de Cupido (inspiré du "Temple de Vénus" de Jean Lemaire de Belges)
  • Le Jugement de Minos
  • "Les Tristes vers de Philippe Béroalde
  • Oraison contemplative devant le Crucifix 
  • Épîtres : 10 pièces 
  • Complaintes, Épitaphes, Ballades, Rondeaux, Chansons

 

 

Clement marot

Clément Marot
poète couronné de laurier

L'épistre au Roy

Le chef-d’œuvre de ses épîtres est celle où il raconte à François Ier comment il a été volé par son domestique. C’est un modèle de narration, de finesse et de bonne plaisanterie.

 « J’avais, un jour, un valet de Gascogne,
Gourmand, ivrogne et assuré menteur,
Pipeur, larron, jureur, blasphémateur,
Sentant la hart de cent pas à la ronde,
Au demeurant, le meilleur fils du monde. »
« Ce vénérable îlot fut averti
De quelque argent que m’aviez départi,
Et que ma bourse avait grosse apostume
Il se leva plus tôt que de coutume,
Et me va prendre en tapinois icelle,
Et vous la met très-bien sous son aisselle
Argent et tout (cela se doit entendre) ;
Et ne croi point que ce fut pour le rendre
Car ono depuis n’en ai ouï parler.
Bref, le vilain ne s’en voulut aller
Pour si petit : mais encore il me happe
Saye et bonnet, chausses, pourpoine et cappe.
De mes habits, en effet, il pilla
Tous les plus beaux, et puis s’en habilla
Si justement, qu’à le voir ainsi estre
Vous l’eussiez pris en plein jour pour son maistre.
Finalement de ma chambre il s’en va
Droit à l’estable, où deux chevaux trouva,
Laisse le pire et sur le meilleur monte,
Pique et s’enfuit. Pour abréger le conte
Soyez certain qu’au sortir dudit lieu
N’oublia rien fors de me dire adieu. »

 

 

Marot profite de cette mésaventure pour faire au roi une demande d’argent fort ingénieuse où il donne à la louange une tournure des plus délicates.

 « Je ne dis pas si vous vouliez prester,
Que ne le prenne. Il n’est point de presteur
S’il veut prester, qui ne fasse un débiteur ;

Et savez-vous, Sire, comment je paie ?
Nul ne le sait, si premier ne l’essaie.
Vous me devrez, si je puis, du retour :
Et je vous veux faire encor un bon tour.
À cette fin qu’il n’y ait faute nulle,
Je vous ferai une belle cédule
À vous payer sans usure s’entend,
Quand on verra tout le monde content
Ou si vous voulez, à payer ce sera
Quand votre los et renom cessera. »

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Date de dernière mise à jour : 05/04/2015