Le déserteur

Le Déserteur est une chanson écrite par Boris Vian en février 1954 (lors de la guerre d'Indochine), composée avec Harold B. Berg et enregistrée dans sa forme définitive l'année suivante. Son antimilitarisme a provoqué beaucoup de polémiques.

Le texte est composé de 12 quatrains en hexasyllabes (vers de six syllabes).

Il s’agit d’une lettre adressée à « Monsieur le Président » de la République par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation en raison d’un conflit armé. L’homme y explique qu’il ne souhaite pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille proche à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas « tuer de pauvres gens ». Il révèle son intention de déserter pour vivre de mendicité tout en incitant les passants à suivre son exemple.

Ce chant sera interprété par Serge Reggiani, par Mouloudji dans une version plus pacifiste et par Renaud dans une version plus hard !

 

Texte de Boris Vian


Monsieur le président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps.

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir.

Monsieur le président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer de pauvres gens.


C'est pas pour vous fâcher,
Il faut que je vous dise,
Ma décision est prise,
Je m'en vais déserter.


Depuis que je suis né,
J'ai vu mourir mon père,
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants.

Ma mère a tant souffert
Qu'elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers.

 


Quand j'étais prisonnier,
On m'a volé ma femme,
On m'a volé mon âme,
Et tout mon cher passé.

Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes,
J'irai sur les chemins.

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France,
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:

«Refusez d'obéir,
Refusez de la faire,
N'allez pas à la guerre,
Refusez de partir.»

S'il faut donner son sang,
Allez donner le vôtre,
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le président.

Si vous me poursuivez,
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer. 

Fichiers MP3

La chorale chante les quatrains de 3 à 12.
 

tutti:     

  

femmes:

 

hommes: 

 

Les Fichiers MP3 piano de Sylvie:

 

Le deserteur accpt fLe deserteur accpt f (2.84 Mo)

Le deserteur accpt hLe deserteur accpt h (2.84 Mo)

Contexte

Boris Vian a publié sa chanson en 1954 à la fin de la guerre d'Indochine (1946-1954) alors que la contre-offensive française face aux troupes du général Võ Nguyên Giáp conduit à la défaite française de Diên Biên Phu où 1 500 soldats français sont tués. Pierre Mendès France doit ouvrir des négociations qui conduisent aux accords de Genève, signés le 21 juillet 1954. Le Vietnam, le Laos et le Cambodge deviennent indépendants. Puis en novembre 1954, la Toussaint rouge marque le début de la guerre d'Algérie (1954-1962).

La Guerre d'Indochine, qui ne s'achèvera que trois mois après l'écriture du texte, est mal acceptée et comprise par une partie importante de l'opinion publique, après avoir été contestée avec virulence par la Grève des dockers de 1949-1950 en France.

                                                                             

Peu après sa sortie, la chanson est interdite de diffusion à la radio pour « antipatriotisme », notamment à cause de son dernier couplet. Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, avait été choqué par le passage à la radio de cette chanson, et avait demandé qu'elle soit censurée en janvier 1955. En 1958, la radiodiffusion et la vente de ce chant antimilitariste furent interdites, Boris Vian se voyant, de plus, refuser par son éditeur la partition de la première version de la chanson. L'interdiction fut levée en 1962, après la guerre d'Algérie.

Dans les années 1965-1970, pendant la guerre du Viêt Nam, la chanson a été utilisée pendant des marches pacifistes et interprétée par Joan Baez et Peter, Paul and Mary. En 1991, elle a également été utilisée durant des manifestations contre l’intervention occidentale dans la guerre du GolfeRenaud adapte (une seconde fois), la chanson qu'il publie dans L'Idiot international le 9 janvier 1991. En conséquence, la chanson pacifiste est inscrite sur la liste de proscription des radios.

Boris Vian

Image dans Infobox.

Boris Vian en 1948

Entrée de la Cité Véron, près du Moulin Rouge.  dans laquelle se trouve le 6 bis où Boris Vian et Ursula Kübler habitaient.

 

Boris Vian, né le 10 mars 1920 à Ville-d'Avray (Hauts-de-Seine) et mort le 23 juin 1959 à Paris (7e arrondissement), et un écrivainpoèteparolierchanteurcritique musicalmusicien de jazz (trompettiste) et directeur artistique françaisIngénieur formé à l'École centrale, il s'est aussi adonné aux activités de scénariste, de traducteur (anglais américain), de conférencier, d'acteur et de peintre.

Sous le pseudonyme Vernon Sullivan, il a publié plusieurs romans dans le style américain, parmi lesquels J'irai cracher sur vos tombes qui a fait scandale et lui valut un procès retentissant. Si les écrits de Vernon Sullivan ont attiré à Boris Vian beaucoup d'ennuis avec la justice et le fisc, ils l'ont momentanément enrichi à tel point qu'il pouvait dire que Vernon Sullivan faisait vivre Boris Vian. 

Boris Vian a abordé à peu près tous les genres littéraires : poésie, documents, chroniquesnouvelles. Il a aussi produit des pièces de théâtre et des scénarios pour le cinéma. Son œuvre est une mine dans laquelle on continue encore de découvrir de nouveaux manuscrits au xxème siècle. Toutefois, sa bibliographie reste très difficile à dater avec précision, lui-même ne datant pas toujours ses manuscrits. 

Il est également l'auteur de peintures, de dessins et de croquis, exposés pour la première fois à l'annexe de La Nouvelle Revue française en 1946. Une exposition à la Bibliothèque Nationale de France lui a été consacrée en 2011-2012.

Pendant quinze ans, il a aussi milité en faveur du jazz, qu'il a commencé à pratiquer en 1937 au Hot Club de France. Ses chroniques, parues dans des journaux comme Combat, Jazz-hot, Arts, ont été rassemblées en 1982 : Écrits sur le jazz. Il a aussi créé quarante-huit émissions radiophoniques Jazz in Paris, dont les textes, en anglais et en français, étaient destinés à une radio new-yorkaise et dont les manuscrits ont été rassemblés en édition bilingue en 1996.

Son œuvre littéraire, peu appréciée de son vivant, est saluée par la jeunesse à partir des années 1960-1970. L'Écume des jours en particulier, avec ses jeux de langage et ses personnages à clef, est passé à la postérité. Il est désormais un classique, qu'on étudie souvent dans les collèges et les lycées.

« Si, au cours de sa brève existence, il a multiplié les activités les plus diverses, son nom s'inscrit aujourd'hui parmi les plus significatifs de la littérature française. »

Réputé pessimiste, Boris Vian adorait l'absurde, la fête et le jeu. Il est l'inventeur de mots et de systèmes parmi lesquels figurent des machines imaginaires et des mots, devenus courants de nos jours. Mais il a également élaboré des projets d'inventions véritables lorsqu'il était élève ingénieur à l'École centrale Paris. Sa machine imaginaire la plus célèbre est restée le pianocktailnote, instrument destiné à faire des boissons tout en se laissant porter par la musique.

Il meurt en 1959 (à 39 ans) à la suite d'un accident cardiaque survenu lors de la projection de l'adaptation cinématographique de son livre J'irai cracher sur vos tombes. Adepte d'Alfred Jarry et d'une certaine forme de surréalisme, son adhésion au Collège de Pataphysique, fait de lui un Satrape auquel le collège rend hommage en annonçant la mort apparente du « Transcendant Satrape ».

Enregistrements de Mououdji et Serge Reggiani

mouloudji - Le Deserteur

Serge Reggiani "Le Déserteur" | Archive INA

La version de Renaud

Renaud 'Le Déserteur'

 

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Date de dernière mise à jour : 20/02/2022